Le bec des oiseaux est composé d’une partie supérieure, la mandibule supérieure ou maxillaire, et d’une partie inférieure, la mandibule inférieure ou maxille. La couche visible épaisse kératinisée qui recouvre les os du bec se nomme la ramphothèque. Une fine épaisseur de cellules, de nerfs et de vaisseaux, appelée la dermothèque, sépare la ramphothèque des os. La ramphothèque croît de façon continue, mais elle s’use lors du nourrissage et du lissage des plumes. On sait toutefois peu de choses des mécanismes qui contrôlent la croissance des tissus rhamphothécaux.

Les malformations du bec sont généralement rares dans la nature (prévalence de moins de 1 %), mais une concentration inhabituelle de troubles de la kératine aviaire avait été notée en Alaska entre 1986 et 2009 : des milliers d’oiseaux aux becs croisés, allongés et/ou déviés, appartenant à 29 espèces, avaient alors été recensés, la principale touchée étant la Mésange à tête noire (Poecile atricapillus), avec plus de 2 000 individus signalés (prévalence moyenne de 6,5 % parmi les adultes). Outre les Paridés (mésanges) (lire Une Mésange bleue au bec anormal observée sur une terrasse), ces désordres ont été observés chez au moins 14 familles, dont les Picidés (les pics), les Sittidés (les sittelles), les Corvidés (corbeaux, pies et geais) (lire Un Geai des chênes avec un bec étonnant observé en Bretagne) et les Laridés (goélands et mouettes).

Les oiseaux touchés sont principalement des individus âgés de plus d’un an (plus de 60 %), ce qui suggère que malgré leur handicap, ils arrivent à survivre (lire Comment les oiseaux handicapés survivent-ils ?). Plusieurs causes de déformation ont été évoquées, parmi lesquelles des anomalies génétiques, un développement anormal consécutif à un traumatisme ou à une maladie, une expositions à des polluants chimiques (pesticides ou métaux lourds) ou des bactéries ou des virus, notamment du genre Poecivirus, qui a été trouvé chez six espèces touchées, dont la Mésange à tête noire.

Situation de Calais (Pas-de-Calais)

Situation de Calais (Pas-de-Calais).
Carte : Ornithomedia.com  

Avec les mandibules croisées, un bec allongé constitue l’une des principales déformations observées : les deux mandibules sont alors beaucoup plus longues que la normale, ce qui produit une forme recourbée vers le bas. Les Laridés font partie des oiseaux touchés les plus signalés par les observateurs, certainement parce qu’ils sont faciles à observer, et peut-être aussi du fait de leur régime alimentaire est composé en partie de déchets qui peuvent contenir des polluants ou des virus. 

Plusieurs cas de Goélands cendré (Larus canus), brun (L. fuscus), argenté (L. argentatus), leucophée (L. michahellis) et pontique (L. cachinnas) au bec allongé ont été notés en France, et certains ont été recensés dans un article publié 2017 dans la revue Ornithos. Ces observations ont souvent été faites dans des secteurs favorables aux concentrations de Laridés, comme les décharges, les plages et les ports. En mars 2024, Maxime Bodhuin a ainsi repéré et photographié un Goéland argenté de premier hiver (de seconde année calendaire) au bec crochu particulièrement prononcé dans le port de Calais (Pas-de-Calais) (lire Observer les oiseaux près du Fort-Vert, de la « jungle » de Calais à une zone humide arrière-dunaire).

Plusieurs observations d’oiseaux bagués montrent que cette déformation n’est toutefois pas un phénomène irréversible. En France, au moins deux cas documentés par des photographies montrent que les goélands touchés peuvent en effet retrouver en quelques années un bec normal : citons le cas d’un Goéland brun portant une bague rouge photographié dans le Maine-et-Loire avec un bec allongé en novembre 2008, avant d’être revu avec un aspect totalement en normal en avril 2011. 

Goéland argenté (Larus argentatus) de premier hiver

Goéland argenté (Larus argentatus) de premier hiver (de seconde année calendaire) au bec anormal dans le port de Calais (Pas-de-Calais) en mars 2024 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Maxime Bodhuin 

Goéland argenté (Larus argentatus) de premier hiver

Goéland argenté (Larus argentatus) de premier hiver (de seconde année calendaire) au bec anormal dans le port de Calais (Pas-de-Calais) en mars 2024 (cliquez sur la photo pour l’agrandir).
Photographie : Maxime Bodhuin 

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