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L'overshooting printanier |
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Date de
mise en ligne: 12/06/09 - En cours de soumission au Comité
de Lecture
En parcourant
les rubriques d'observation d'oiseaux rares dans des sites web britanniques
pour le mois de mai et le début du mois de juin 2009, on
est surpris du nombre et de la variété des espèces
méditerranéennes notées dans pratiquement toutes
les régions britanniques: une Fauvette de Moltoni dans les
îles Shetland le 8 juin, un Guêpier d'Europe dans les
îles Scilly le 30 mai, un Crabier chevelu dans le Cambridgeshire
le 29 mai, une Pie-grièche à tête rousse dans
le Norfolk le 19 mai... Ces apparitions sont principalement liées
à un phénomène particulier, l'overshooting printanier.
Abstract
Migrating
birds can lose their way and occur outside their normal ranges.
These can be due to flying past their destinations as in the "spring
overshoot" in which birds returning to their breeding areas overshoot
and end up further north than intended. For example, several Mediterrannean
species arre regularly watched in May and June in Great-Britain,
fare from their normal breeding range.
L'overshooting printanier
Présentation
Overshootings
printaniers de trois espèces méridionales au printemps
2009 en Grande-Bretagne: A) Guêpier d'Europe (Merops
apiaster), B) Martinet pâle (Apus pallidus),
C) Fauvette de Moltoni (Sylvia cantillans moltoni).
En orange, rouge et marron, aires de nidification normales
de ces trois taxa (NB: pour la Fauvette de Moltoni, c'est
l'aire de la Fauvette passerinette qui est figurée)
Carte: Ornithomedia.com |
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Certains oiseaux
retournant au printemps dans leurs zones de nidification peuvent
voyager plus loin que leur destination normale et se retrouver plus
au nord, parfois à des milliers de km du lieu prévu d'arrivée.
Certains spots, du fait de leur situation géographique, sont
devenus célèbres pour la découverte d'oiseaux rares au printemps,
comme Point Barrowx en Alaska, Point Pelee au Canada ou les îles
Scilly en Grande Bretagne.
En Grande-Bretagne, des espèces nichant normalement autour du Bassin
Méditerranéen, dans le Sahara ou dans les steppes d'Asie centrale
sont observées chaque année en mai et en juin. Des espèces
d'Eurasie et d'Amérique du Nord sont notées chaque
année au printemps à Point Barrow, sur la côte
nord de l'Alaska, à des centaines de kilomètres de leur aire
de nidification.
Quand on capture ou que l'on observe des oiseaux concernés
par de tels dépassements, on constate que ce sont presque
toujours de jeunes individus, (dans leur première année)
et majoritairement des mâles. Ils arrivent aussi aux mêmes
dates que dans leurs zones de nidification habituelles, ce qui confirme
qu'il s'agît de migrateurs printaniers qui ont voyagé trop
loin.
Certains biologistes estiment que ces jeunes oiseaux ont leur programme
génétique migratoire défaillant, ce qui fait qu'ils ont "oublié"
de s'arrêter au bon moment.
Ce phénomène est accentué par des conditions anticycloniques
stables et par des vents favorables, c'est-à-dire soufflant
du sud vers le nord (comme par exemple le sirocco du Sahara vers
la Méditerranée).
La probabilité d'apparition d'une espèce inhabituelle dans un spot
donné dépend principalement de l'orientation générale
de la route de migration de l'espèce. Par exemple, une Pie-grièche
à tête rousse (Lanius senator) migrant entre
d'Afrique de l'Ouest et l'Espagne et continuant par erreur son trajet
va probablement arriver en France ou en Grande-Bretagne plutôt
qu'en Scandinavie.
Quelques exemples d'overshooting printaniers "classiques"
en Amérique du Nord
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Des Grives litornes (Turdus pilarus) sont vues au printemps
à Point Barrow, au nord de l'Alaska, en provennace
d'Eurasie
Photo: Cédric Derouet |
- Entre l'Eurasie
et les îles du Pacifique Nord (îles Aléoutiennes, îles
Pribilof, île de Saint-Lawrence): Sarcelle d'été (Anas querquedula),
Fuligule milouin (Aythya ferina), Petit-duc scops (Otus
scops), Coucou oriental (Cuculus saturatus), Martinet
de Sibérie (Apus pacificus), Pie-grièche brune (Lanius
cristatus), Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula), Pouillot
boréal (Phylloscopus borealis)
- Entre l'Eurasie et Point Barrow (côte nord de l'Alaska): Chevalier
sylvain (Tringa glareola), Chevalier de Sibérie (Tringa
brevipes), Bécasseau minute (Calidris minuta),
Bécasseau cocorli (Calidris ferruginea), Grive litorne
(Turdus pilaris), Grive de Naumann (Turdus naumanni),
Grive obscure (Turdus obscurus), Pouillot boréal (Phylloscopus
borealis), Bergeronnette grise (Motacilla alba), Bruant
de Pallas (Emberiza pallasi)
- Entre l'Amérique du Nord et Point Barrow (côte nord de l'Alaska):
Phalarope de Wilson (Phalaropus tricolor), Tangara écarlate
(Piranga olivacea), Tyran tritri (Tyrannus tyrannus),
Bobolink (Dolichonyx oryzivorus).
Quelques exemples en Grande-Bretagne en mai et juin 2009
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En mai, des Guêpiers d'Europe (Merops apiaster) sont
vus chaque année en Grande-Bretagne suite au phénomène
d'overshooting
Photo: André Boussard |
Voici quelques
exemples d'observations en mai et juin 2009 d'espèces méditerranéennes
et orientales en Grande-Bretagne (données publiées
sur www.surfbirds.com):
- 08/06/09: 1 Blongios nain (Ixobrychus minutus), Loxton's
marsh (Somerset) - Source: Jeff Hazel
- 08/06/09: 1 Fauvette de Moltoni (Sylvia cantillans moltonii)
- Unst (Shetland) - Source: Dougie Preston
- 03/06/09: 1 Traquet oreillard oriental (Oenanthe hispanica
melanoleuca) - St Agnes (Iles Scilly) - Source: Robin Mawer
- 30/05/09: 1 Guêpier d'Europe (Merops apiaster) - St Agnes (Iles
Scilly) - Source: Robin Mawer
- 29/05/09: 1 Crabier chevelu (Ardeola ralloides) - Wicken
Fen NR (Cambridgeshire) - Source: Tristan Reid
- 26/05/09 - Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala)
- Guernesey (Channel Islands) - Source: Marck Guppy
- 24/05/09: 1 Pie-grièche à tête rousse (Lanius senator)
- Calder Wetlands (East Yorkshire) - Source: Richard Bayldon
- 23/05/09: 1 Héron pourpré (Ardea purpurea) - Reculver
(Kent) - Source: Marc Heath
- 21/05/09: 1 Martinet pâle (Apus pallidus) - Seaforth LWT
Reserve (Merseyside) - Source: Steve Round
- 19/05/09: 1 Pie-grièche à tête rousse - Friary Hills (Norfolk)
- Source: Simon Chidwick
- 19/05/09: 1 Pie-grièche à tête rousse - Blakeny freshmarsh
(Norfolk) - Source: Craig Shaw
- 18/05/09: 1 Glaréole à collier (Glareola pratincola) -
Cley Eye (Norfolk Cley) - Source: Craig Shaw
- 16/05/09: 1 Huppe fasciée (Upupa epos) - GT Ryburgh
(Norfolk) - Source: Steven Seal
- 15/05/09: 1 Hirondelle rousseline (Hirundo daurica) - Higher
Moors (Iles Scilly) - Source: Robin Mawer
La colonisation de nouveaux territoires
Certains
individus peuvent continuer leur route sur des centaines de kms
dans la "mauvaise" direction lors de leur dépassement
d'aire printanier, jusqu'à ce qu'ils soient obligés de s'arrêter
(limites physiologiques, barrières géographiques, …). Une explication
possible de ces comportements "jusqu'au-boutistes" est
que ces oiseaux ne parviennent pas à restreindre leur instinct de
reproduction; en effet, la migration de printemps est liée à l'instinct
sexuel. Une fois qu'ils ont atteint des zones très éloignées, ils
peuvent y rester longtemps et parfois s'accoupler avec des individus
d'une autre espèce ou avec des oiseaux ayant eu le même comportement
(il faut néanmoins beaucoup de chance pour que deux oiseaux
de la même espèce se retrouvent au même endroit loin de leur
aire normale).
Ces mouvements peuvent expliquer la nidification d'espèces rares
dans des régions inhabituelles; certains couples survivent et retournent
dans la même zone la saison suivante. La colonisation de nouvelles
régions d'Europe de l'Ouest par la Locustelle fluviatile (Locustella
fluviatilis) ou du Bruant mélanocéphale (Emberiza melanocephala)
dans le sud de la France pourraient avoir comme origine ce phénomène.
En Amérique du Nord, des Hirondelles à front brun
(Hirondo fulva) qui nichent normalement dans les Caraïbes
sont observées dans des contrées très septentrionales,
aussi loin que la Nouvelle-Ecosse (McLaren 1981).
Facteurs pouvant accentuer ou accompagner l'overshooting printanier
Les vents peuvent accentuer le phénomène d'overshooting printanier,
ou bien dévier les routes de migrations normales vers l'est ou l'ouest.
Ces déviations sont toutefois souvent corrigées par les oiseaux,
mais il peut arriver que des individus, plutôt affaiblis, dérivent
de plusieurs centaines de km: cela a par exemple été le cas de Demoiselles
de Numidie (Grus virgo) notées en mai 2002 au dessus
du Détroit de Messine (entre l'Italie et la Sicile).
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Des épisodes de sécherese peuvent expliquer
des arrivées d'Etourneaux roselins (Sturnus roseus)
au printemps en Europe
Photo: Pavel Simeonov / Branta Tours |
Des épisodes
de sécheresse au printemps dans les zones désertiques
ou semi-désertiques d'Afrique du Nord et d'Asie centrale
peuvent amener des espèces irruptives en Europe de l'Ouest:
par exemple, des Syrrhaptes paradoxaux (Syrrhaptes paradoxus),
des Etourneaux roselins (Sturnus roseus), des Tadornes casarcas
(Tadorna ferruginea) et des Ibis falcinelles (Plegadis
falcinellus) sont arrivés en nombres inhabituels en Europe
en 1886, 1892 et 1994 (Cottridge & Vinicombe 1996). Des "invasions"
de Syrrhaptes paradoxaux ont été constatées
pendant 12 années entre 1859 et 1909, les plus importantes
étant relevées en 1863 et 1888.
Un épisode inhabituel de sécherese en Afrique du Nord
expliquerait en partie les observations en avril et mai 2005 de
Roselins githagines (Rhodopechys sanguinea) dans le sud de
l'Europe (lire Réflexion
sur le petit afflux de Roselins githagines en avril-mai 2005).
Le réchauffement climatique peut aussi favoriser la colonisation
de zones septentrionales par certaines espèces: les statistiques
publiées en avril 2009 par le Rare Birds Breeding Panel (RBBP)
montrent par exemple que des espèces autrefois occasionnelles
dans le Comté du Sussex en Grande-Bretagne y nichent désormais.
Ainsi l'Aigrette garzette (Egretta garzetta), qui jusqu'en
1996 n'avait jamais niché dans le Comté, compte désormais
17 couples dans six sites.
Source
Ian Newton - The migration Ecology of birds - Elsevier (2008)
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