D'après une synthèse de Bruno Herbelin
La migration des oiseaux constituent l'un des mystères de la nature, et l'un des chapitres les plus passionnants de l'ornithologie. Nous avons déjà abordé ce phénomène dans plusieurs de nos articles, mais nous ne vous avions jamais présenté un panorama général de celui-ci.
En nous basant sur une étude de Bruno Herbelin (site personnel : bruno.cicv.fr) effectuée dans le cadre de ses études, voici une synthèse simple et claire d'une bonne partie des questions que l'étude et le suivi de la migration soulèvent.
Abstract
The migration is one of the most fantastic natural phenomenon, but also one of the least known.
We have already described some aspects of it, but we propose you here an overview of the main questions, based on an article of Bruno Herbelin (personnal homepaage : bruno.cicv.fr) : why do they migrate ? Why do they leave their breeding grounds at a certain time ? What are their adaptations to travel thousands of miles ? How do they orientate themselves ?
Pourquoi les oiseaux migrent-ils ?
Par manque de nourriture
En hiver, les quantités de nourriture disponibles (notamment bourgeons et insectes) diminuent, poussant de nombreuses espèces à partir. Les granivores sont en moyenne moins migrateurs que les insectivores, car ils peuvent souvent trouver des graines même au milieu de l'hiver, alors que les insectes ne sont pour la plupart du temps pas encore disponibles.
Du fait des conditions météorologiques
Un froid vif et brutal est à l'origine de déplacements de populations d'oiseaux vers le Sud. C'est par exemple le cas des oiseaux aquatiques (canards, oies), qui sont obligés de descendre vers la France quand une vague de froid frappe leurs quartiers d'hivernage traditionnels aux Pays-Bas ou en Belgique.
Le rôle des rythmes biologiques
 |
La grosseur des testicules des fauvettes influencerait leur rythme biologique interne ...
Photo : Joël Bruezière / www.eyesonsky.com
|
Les oiseaux seraient équipés d'une sorte d'horloge interne, entraînant une variation régulière du comportement, et qui possède sa propre fréquence. La migration est un rythme circannuel (basé sur une durée un peu supérieure à 12 mois), qui a été étudié en laboratoire. Cette horloge les motive à migrer, notamment pour les migrateurs au long cours, qui ont en outre une "volonté migratrice" supérieure aux autres espèces. Cette volonté est proportionnelle à la longueur des voies parcourues.
D'autres facteurs influencent ce rythme, comme le poids, la mue, la taille, ou même la grosseur des testicules chez les fauvettes, migrateurs bien connus. En effet, le principal cycle influent est celui de la reproduction.
La place de la reproduction
Il existerait des points communs entre l'instinct de reproduction et la volonté de migrer; le processus hormonal conditionnerait ainsi l'instinct grégaire.
L'instinct
Les premiers indices des déplacements des oiseaux remontent aux dernières glaciations. J. Felix estime que oiseaux furent repoussés par l'avancée des glaciers. Puis le climat redevint normal, et les oiseaux retournèrent vers leurs ancien lieux de nidification. Le processus devint irréversible au bout de centaines de milliers d'années.
Une théorie inverse explique que les oiseaux étaient autrefois tous tropicaux, et que la surpopulation les poussa à partir plus au Nord ; mais ils gardèrent leurs lieux d'origine en mémoire.
Le chercheur A.C. Perdeck a tenté une expérience : il a séparé les jeunes des adultes qui auraient pu les pousser à les suivre pour migrer. Ils les a ensuite bagué, puis suivi, lui permettant de prouver qu'ils avaient eu l'instinct de voler dans la bonne direction.
Les migrateurs posséderaient ainsi dans leur mémoire collective toutes les données relatives à leur voyage. Leur mémoire serait aussi "familiale".
La génétique
L'influence d'un héritage génétique est visible chez le Coucou gris (Cuculus canorus) : les parents parasitent le nid d'un passereau, et le petit n'est pas élevé par sa propre espèce. Pourtant, chaque année les jeunes partent seuls migrer. Pour Peter Berthold, un certain nombre de données utiles pour migrer se transmettent génétiquement. Il a prouvé entre autres que la décision du départ était innée. Il a également étudié dans quelle mesure des oiseaux soumis à des influences exogènes réagissent sur plusieurs générations ; d'après ses résultats, faudrait seulement de 3 à 5 générations pour transmettre à des oiseaux sédentaires la volonté de voyager.
Puisque un tel changement de comportement est possible, on comprend qu'il puisse y avoir une évolution des routes de migration chez des populations grégaires : de nouveaux sites d'hivernage plus pratiques ou plus accueillants sont ainsi adoptés.