Par André Boussard
| Situation
de la colonie suivie |
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Migrateur, le Guêpier
d'Europe (Merops apiaster) arrive du sud de l'Afrique en avril - mai pour
nicher et repart en août - septembre.
Il a été pendant longtemps l'hôte exclusif du Sud de l'Europe.
Depuis une vingtaine d'années, l'évolution climatique l'a progressivement
disposé à s'installer dans la vallée du Rhône, en Suisse,
et dans la plupart des régions de France au nord de la Loire).
André Boussard (an.boussard@orange.fr)
a décidé de suivre sur plusieurs mois de 2005 une colonie qui s'est
établie dans un talus sablonneux mis à découvert par une
petite rivière dans une plaine de l'Ariège, zone déversoir
créée suite à la fonte du grand glacier pyrénéen,
il y a 10 à 12 000 ans. Le site est fréquenté depuis plusieurs
années par des guêpiers qui partagent avec une colonie d'Hirondelles
de rivage (Riparia riparia) et quelques Moineaux soulcies (Petronia petronia)
environ 120 mètres de berge.
Ce
reportage vous est présenté en partenariat avec la liste OiseauxEthologie.
Abstract
André Boussard (an.boussard@orange.fr)
has decided to study in May 2005 a colony of European Bee-eaters (Merops apiaster)
installed on the bank of a small river in Ariège, South-West of France
with a colony of Sand Swallows (Riparia riparia) ) and few Rock Sparrows (Petronia
petronia).
He will regularly send us some photos of the evolution of the breeding process.
Here are the first ones concerning the installation.
Le suivi d'une colonie de Guêpiers d'Europe : jusqu'au 26 mai
Présentation du Guêpier d'Europe
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Guêpier
d'Europe (Merops apiaster)
Photo : André Boussard |
Longueur : 27 à 29
cm.
Envergure : 44 à 49 cm.
Identification :
L'adulte est très coloré : calotte brune, gorge jaune, ventre bleu
turquoise, dos brun marron et jaune paille, ailes en partie roux marron (bord
de fuite noir bien visible en vol), croupion jaune, trait oculaire et collier
noirs. Longue queue avec rectrices centrales plus longues. Bec noir et incurvé.
Le mâle a un plumage plus brillant, avec de plus longs filets sur la queue.
La femelle est plus verdâtre. Le juvénile est plus terne, encore
plus brun-verdâtre que la femelle, et sa queue ne possède pas de
filets centraux.
Voix :
Sifflements roulés très caractéristiques, doux mais portant
loin.
Habitat :
berges sablonneuses des rivières, anciennes sablières, gravières.
Comportements :
Chasse à l'affût, perché à la cime d'un arbre mort,
sur un fil télégraphique, sur des piquets. Vu souvent en vol gracieux
et onduleux, alternant battements d'ailes et vol plané direct. Passe la
nuit dans les arbres. Migrateur. Creuse son nid dans les parois meubles (sable,
argile).
Régime alimentaire :
Les Hyménoptères constituent les proies principales. Chasse aussi
les Orthoptères (criquets,
sauterelles), les Coléoptères, les Diptères (mouches...).
Répartition :
Sud et Sud-est de l'Europe, bassin méditerranéen et jusqu'en Asie,
en expansion.
Emplacement de la colonie suivie
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Mai
2005 : vue générale de la zone
Photo : André Boussard |
La colonie que nous souhaitons
suivre s'est établie dans un talus sablonneux mis à découvert
par une petite rivière dans une plaine de l'Ariège, zone déversoir
créée à la fonte du grand glacier pyrénéen,
il y a 10 à 12 000 ans.
Le site est fréquenté depuis plusieurs années par des Guêpiers
d'Europe qui partagent cette zone d'environ 120 mètres de rive avec une
colonie d'Hirondelles de rivage (Riparia riparia) et quelques Moineaux soulcie
(Petronia petronia).
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Mai
2005 : Dans la berge sablonneuse de la rivière, il est possible de voir
les anciens trous creusés par les Guêpiers d'Europe les années
précédentes
Photo : André Boussard |
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Visite du 15 mai
2005 : l'installation
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15
mai 2005 : Guêpiers d'Europe (Merops apiaster)
Photo : André Boussard |
Les premiers guêpiers
sont arrivés en Ariège dans la troisième semaine d'avril.
Le 8 mai 2005, ils étaient une trentaine d'individus, la plupart du temps
perchés sur un grand arbre aux branches dépourvues de feuilles situé
à 200 m de la rivière.
Toutes les 10 minutes environ, la majorité des oiseaux du groupe quittait
l'arbre et faisait de grands planés entrecoupés de séries
de rapides battements d'ailes en prenant de la hauteur tout en restant groupés.
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15
mai 2005 : Guêpier d'Europe inspectant un ancien trou
Photo : André Boussard |
Ces déplacements
étaient accompagnés d' un concert très bruyant de "prrut
- prrut !" doux et roulés qui permettent à coup sûr de
les repérer de loin.
Moins d'une dizaine d'oiseaux quittait le groupe et venait se poser par deux ou
trois sur des branches support sortant de la paroi.
Leurs relations étaient paisibles : à tour de rôle, ils s'envolaient,
revenaient sur la branche, repartaient en ponctuant leurs déplacements
de roulades sonores.
Très rares étaient ceux qui se préoccupaient déjà
de préparer les trous qui allaient servir à la nidification. Dans
ce cas, ils commençaient à gratter la paroi sablonneuse avec le
bec mais sans grande conviction ni efficacité apparentes.
Les Hirondelles de rivage (Riparia riparia) par contre étaient beaucoup
plus actives, et l'amoncellement de sable et gravier devant les trous, et le fait
qu'elles disparaissaient complètement dans leur galerie attestaient d'un
travail nettement plus avancé.
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15
mai 2005 : les Hirondelle de rivage (Riparia riparia) sont déjà
bien avancées dans le creusement de leur nid
Photo : André Boussard |
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15
mai 2005. "Délestage" : le mâle est à gauche
Photo : André Boussard |
Il était possible
d'étudier de près leurs comportements, comme celui du "délestage"
d'excréments. Didier Lavrut a noté sur la photo ci-contre qu'il
s'agit d'un couple, le mâle étant l'oiseau à gauche avec de
longs filets, la femelle l'oiseau aux scapulaires peu brillantes avec des tons
plus verdâtres et moins brillants.
Visite du 26 mai
Si les Hirondelles
de rivages montrent une frénésie particulière, il n'en est
pas de même pour les Guêpiers dont six à sept couples seulement
semblent se mettre au travail pour préparer les nids. Elles ont manifestement
presque terminé de creuser leurs trous très proches les uns des
autres. Elles se posent à l'entrée, repartent dans un petit vol
circulaire au-dessus de l'eau, pénètrent à l'intérieur
... il est fréquent de voir deux hirondelles ressortir à la suite
du même trou.
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26
mai 2005. Couple creusant un trou
Photo : André Boussard |
En majorité, les
Guêpiers sont encore perchés sur le grand arbre mort à 200
mètres de la paroi. Mais on voit des couples qui ensemble se réapproprient
des trous de l'année précédente. L'un effrite les parois
de son bec et procède avec ses pattes à l'élimination des
blocs de sable vers l'arrière, pendant que l'autre attend perché
tout près. La relève, quand elle se produit, se fait toutes les
une à quatre minutes. L' extrémité jaunie des becs d'une
douzaine de Guêpiers est l'indice de leur participation active au forage.
Le tunnel large de 5 à 8 cm est profond, selon le terrain, en moyenne de
un à deux mètres. L'entrée de bon nombre de trous porte les
traces de l'appui renouvelé de ceux qui les saisons précédentes
ont nourri les petits au nid. A l'extrémité, la chambre de ponte
élargit le boyau : haute d'une quinzaine de centimètres, elle fait
environ 28 cm sur 35 cm.
Le 2 juin 2005
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2
juin 2005 : Guêpier d'Europe (Merops apiaster) et libellule
Photo : André Boussard |
Nous sommes restés
en observation pendant près de 5 heures. Une dizaine de fois, nous avons
repéré un guêpier seul, qui, perché tenait en son bec
une proie vibrante sans l'avaler (surtout des libellules). Ces guêpiers
sont restés plusieurs minutes la tête tournée
vers le ciel, changeant sans arrêt d'angle de vue .. ils attendaient manifestement
une arrivée. Couramment, une partenaire est venue se poser à côté
et s'est prestement emparée de la friandise, mais à quatre reprises
la scène a été différente : en effet, quand la probable
femelle s'est posée près de l'oiseau "porte-proie", ce
dernier tout droit dressé sur ses pattes, s'est tapi, ramassé sur
lui-même et se mettant face à la femelle, en agitant la queue, a
présenté à cette dernière l'insecte en cadeau. Celle-ci
s'en est emparé et l'a avalé (photos de qualité médiocre,
le Nikon CP 4500 n'étant pas adapté aux prises de vues rapides en
digiscopie).
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Guêpiers
d'Europe (Merops apiaster) : l'offrande
Photo : André Boussard |
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Guêpiers
d'Europe (Merops apiaster) : l'offrande (suite)
Photo : André Boussard |
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Guêpiers
d'Europe (Merops apiaster) : l'offrande
Photo : Christian Ségonne / Photo-digiscopie.net |
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Guêpier
d'Europe assommant sa proie (mouvements décomposés)
Photo : Christian Ségonne |
Leur nom de "Guêpiers",
de "Bee-eater" en anglais ou de "Bienenfressen" en allemand
exprime bien le fait que l'essentiel de leurs proies sont des hyménoptères
(abeilles, guêpes, frelons, bourdons ..) mais aussi des papillons, des libellules,
des coléoptères et des diptères.
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26
mai 2005. Densité de pelotes de rejection au pied de la paroi
Photo : André Boussard |
Une fois avoir saisi une
proie en vol, à partir d'un support d'où il a décollé
(branches dénudées, racines sortant de la paroi ..) , le Guêpier
revient sur son perchoir. Il assomme la proie en la frappant 4 à 5 fois
contre le dur du perchoir. A noter, que le Martin-pêcheur procède
de même avec un poisson frétillant dans le bec.
Le guêpier ne peut assimiler les élytres dures, les cuticules du
thorax de ses proies,; aussi va-t-il restituer les débris chitineux sous
forme de "pelotes de réjection". Au pied de la paroi, nombreuses
sont ces pelotes que le vent n'a pas dispersées.
Nous devons à Stéphan Dubois, le photographe qui était là
où il fallait être, d'avoir saisi l'instant (voir photos ci-dessous).
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Une
pelote de réjection
Photo : André Boussard |
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Guêpier
d'Europe (Merops apiaster) recrachant une pelote
Photo : Stephan Dubois |
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Suite
de la manoeuvre ...
Photo : Stephan Dubois |
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...
Et fin !
Photo : Stephan Dubois |