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  Pourquoi les oiseaux périssent-ils lors des marées noires ?

Par Caroline Lepage

Témoins privilégiés du déversement de l’or noir dans les flots bleus des océans, les oiseaux marins sont aux premières loges pour en souffrir. Affaiblissant les uns, tuant les autres, quelles sont, au juste, les « armes » d’une marée noire lorsqu’elle donne l’assaut sur ces victimes à plumes ? Le scénario macabre se répète inlassablement depuis des années : certains oiseaux marins arrivent sur la côte, morts ou vifs mais dans un triste état, comme pour alerter les hommes à terre que le danger est imminent.
Caroline Lepage (caroline.lepage@voila.fr), journaliste scientifique, nous propose une description des conséquences néfastes du fuel sur la biologie de l'oiseau, qui finit généralement par mourir.

Abstract

Caroline Lepage (caroline.lepage@voila.fr), a journalist in Sciences, proposes us a description of the different biological consequences of the Oil Spills on Seabirds, which generally lead to their death.

Les conséquences désastreuses du fuel


Des composés volatiles toxiques

Aigrette garzetta (Egretta garzetta)
Aigrette garzetta (Egretta garzetta) dans une nappe de pétrole ...
Photo : Caroline Lepage (c)

L'or noir, les oiseaux marins sont les premiers à y “goûter”, puis à y succomber dans un dernier souffle sur une plage ou parmi des récifs. Leur agonie est un long calvaire qui commence en pleine mer lorsqu’ils viennent chasser ou tout simplement se reposer en surface, justement là où gisent les nappes d’hydrocarbures, fraîchement échappées de leur prison de tôle : le pétrolier. La toxicité du fuel qui se répand varie bien entendu selon sa nature. Par exemple, plus il est lourd comme dans le cas du Prestige et moins il contient de composés volatiles. Mais, quoiqu’il en soit, le fuel en comprendra toujours une certaine quantité qui ne manquera pas de faire des dégâts dans les populations d’oiseaux, entre autres... En effet, une fois en mer, ces substances s’échappent généralement assez rapidement (en un à deux jours) dans l’atmosphère pour ne plus être présentes au moment où la marée noire atteint les côtes. Mais cette courte période d’évaporation est suffisante pour que les oiseaux inhalent les produits volatiles toxiques qui irritent les muqueuses lors de leur passage dans les voies respiratoires. Résultat ? Une pneumonie souvent aggravée par la présence de certains microorganismes pathogènes.

Le rôle isolant des plumes est perturbé

Macreuse noire (Melanitta nigra) engluée
Macreuse noire (Melanitta nigra) engluée. L'isolation du plumage des canards marins est détruit par le fuel. Source : Exxon Valdez Oil Spill Trustee Council.

Lorsqu’un oiseau a le malheur de rencontrer une nappe d’hydrocarbures, il s’y englue progressivement. Les conséquences pour l’animal sont désastreuses. Selon Christophe Barbraud, chercheur au Centre d’Etudes Biologiques de Chizé (CNRS) spécialisé en ornithologie et écologie : “le contact externe avec le pétrole brut ou avec des produits pétroliers plus raffinés modifie le pouvoir isolant des plumes”.
Effectivement, chez les oiseaux, le rôle du plumage est primordial car il assure d’abord la conservation de la chaleur du corps en emprisonnant un volume d’air entre les plumes. Et de la chaleur, il en faut : la température de l’organisme s’élève en effet à 41°C en moyenne, rien à voir avec le classique 37°C des mammifères ! Les oiseaux passent d’ailleurs une grosse partie de leur temps à lisser et enduire leur plumage d’un liquide graisseux produit par de petits organes : les glandes uropygiennes logées à la base de la queue sous le croupion. Cet entretien permanent est indispensable, plus encore chez les oiseaux marins qui sont en étroite relation avec le milieu aquatique. Pour eux, la menace est double comme le souligne le scientifique : “les propriétés physiques des plumes n’étant plus assurées, les oiseaux souffrent d’hypothermie et ont du mal à voler. Mais, ils ont en plus du mal à flotter du fait de la perte d’étanchéité du plumage !”. Une difficulté qui vient s’ajouter au surpoids que représente le fuel englué sur l’animal. Il risque alors de couler et se noyer...
Sans compter qu’une fois couvert de pétrole, la peau n’est plus à l’abri d’irritations sévères. Les yeux non plus d’ailleurs ! C’est pourquoi nombre d’oiseaux ramassés sur le littoral présente de graves conjonctivites et des ulcères de la cornée.

Le pire : l’ingestion de fuel !

Qu’ils tentent, vainement, de nettoyer leur plumage à l’aide de leur bec, ou qu’ils se nourrissent, s’ils y parviennent encore, de proies marines contaminées (poissons, crustacés, calmars), les oiseaux finissent tôt ou tard par ingérer le fuel avec lequel ils s’empoisonnent. Les produits pétroliers, très liposolubles, autrement dits qui ont une grande facilité à se dissoudre dans les graisses, traversent parfaitement bien les parois du tube digestif. Souffrant d’ulcères, l’oiseau présente de nombreux signes cliniques (ballonnements, vomissement, anorexie, diarrhée, gastro-entérite hémorragique) qui s’accompagnent d’une rapide perte de poids. Ajoutés à la diminution d’étanchéité des plumes : “sa masse diminue rapidement, et son métabolisme -donc ses dépenses énergétiques- augmente afin de compenser les pertes de chaleur liée à l’hypothermie. Ce qui peut occasionner sa mort” ajoute Christophe Barbraud.

Déshydratation en mer

D’autre part, les oiseaux marins ont la capacité de dessaler l’eau de mer qu’ils boivent. Ils disposent en effet de glandes dans les narines qui permettent l’élimination de cet excès de sel ainsi introduit dans leur organisme, sous forme de sécrétions qui s’écoulent le long du bec. Or, la perturbation du fonctionnement de ces glandes entraîne une déshydratation de l’animal.

D'autres fonctions touchées

Enfin, d’autres organes et fonctions biologiques sont également touchés : dégénérescence du foie, atrophie des glandes surrénales, affaiblissement du système immunitaire, problèmes locomoteurs (incoordination, tremblement musculaire) et surtout, la reproduction ! Infertilité, diminution du nombre d’œufs pondus et de leur taux d’éclosion, affaiblissement de la résistance des œufs par amincissement de la coquille, malformations congénitales et retard dans le développement des oisillons sont autant de faiblesses qui peuvent dangereusement affecter la reproduction des populations d’oiseaux marins.
Et pour causer de tels dégâts, une infime quantité d’hydrocarbures est suffisante nous apprend l’ornithologiste :“certaines études ont montré que la contamination d’un œuf par seulement 4 microlitres de fioul, via la nourriture contaminée ingérée par la femelle par exemple, pouvait entraîner la mort de l’embryon ! ”.
Impossible donc pour ces malheureux oiseaux de faire face aux nappes visqueuses, et dans les cas les plus désespérés, leur seul espoir de rester en vie réside dans la qualité des soins et du nettoyage prodigués par les bénévoles. Mais si leur détresse apparaît au grand jour jusque sur les plages, combien d’autres espèces marines périssent en silence sous la surface sans ne jamais pouvoir bénéficier d’une aide humaine pour s’en sortir ?

Rappel : le Prestige

Les côtes galiciennes touchées
Les côtes galiciennes touchées par la marée noire du Prestige. Photo : Olivier Barbaroux (IFREMER) / www.mareenoire.info

La catastrophe, qui a touché durant l'hiver 2002-2003 les côtes atlantiques espagnoles, portugaises et françaises, a touché un nombre important mais incertain d’oiseaux : on parle de 65 000 à 130 000 pertes, les plus pessimistes avancent même un chiffre de 250 000 individus (contre 100 000 à 300 000 pour l’Erika) ! La difficulté de l’estimation réside dans le fait que tous les cadavres n’ont pas forcément été ramenés sur le littoral et, n’ont donc pas pu être comptabilisés. En tous les cas, la marée noire du Prestige a touché une soixantaine d’espèces, majoritairement le Guillemot de Troïl (Uria aalge), le Macareux moine (Fratercula arctica), et le Pingouin torda (Alca torda). Mais les cormorans, sternes, goélands, mouettes, Fous de Bassan (Sula bassana), etc. n’ont hélas pas été épargnés non plus. Et, “il est fort probable que des catastrophes telles que celles de l’Erika et du Prestige, contaminent la chaîne alimentaire et que des effets sur les oiseaux se fassent ressentir sur plusieurs années” suppose finalement Christophe Barbraud.

Sites web à visiter

http://www.mareenoire.info
http://apgdepollution.free.fr
http://www.mma.es/prensa/informacion/prestige/index.htm

Lire aussi notre article Lors d'une marée noire ...

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