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 Albinisme et leucisme

Pour y voir plus clair ...

Choucas des tours (Corvus monedula) partiellement albinos
Choucas des tours (Corvus monedula)  partiellement albinos. Cet oiseau abérrant pourrait être superficiellement confondu avec un Choucas de Daourie (Corvus dauuricus). Photo : Benjamin Vollot

Plusieurs observateurs débutants, en voyant des Corneilles noires (Corvus corone corone) dont certaines parties du plumage étaient blanches, les ont identifié comme des Corneilles mantelées (Corvus corone cornix). Des Goélands argentés (Larus argentatus) entièrement blancs peuvent également être pris pour des Goélands bourgmestres (Larus hyperboreus). Dans les deux cas, il s'agissait parfois d'oiseaux atteints d'albinisme, terme à ne pas confondre avec le leucisme.
Dans cet article, nous allons tenter de définir plus exactement ces deux aberrations du plumage, et de vous en présenter les explications possibles.

Abstract

Albinism is the lack of the pigment melanin. Melanin provides animals, including birds, with the color brown and various shades thereof.
Total albinism in wild birds is very rare. Birds exhibiting complete albinism have entirely white plumage, pink eyes, and pink/pinkish body parts that are not covered by feathers. In addition to being rare, albinistic individuals stand out like a sore thumb for predators and are more likely than normal individuals to become prey. Therefore, completely albinistic individuals are almost never found in nature.
While all-white birds are rare, birds with anything from a few to many white feathers in their plumage are commoner and are called partial albinos.
Leucism is a general overall paleness. Leucism is related to albinism, but in this case the normal pigmentation is diluted rather than lacking, resulting in birds whose plumage is lighter than normal, but not pure white. Plumage patterns, such as a mask or wingbars, often remain detectable.
Like albinos and partial albinos, the occurrence of pale birds is the result of genetic abnormalities in both male and female. Except in very small, inbred, populations they will always remain rare, though nonetheless of interest, and sometimes puzzlement, to birdwatchers.

Définitions

L'albinisme vrai

Merle migrateur (Turdus migratorius) albinos
Merle migrateur (Turdus migratorius) albinos vrai : notez le plumage entièrement blanc, les yeux rouges et les pattes roses.
Photo : Stephen J. Lang / http://www.learner.org/jnorth

Le plumage d'un oiseau atteint d'albinisme vrai est totalement blanc.
L’albinisme est le résultat d’une anomalie génétique entraînant une mutation du gène de l'enzyme tyrosinase responsable de la synthèse des mélanines, les pigments responsables des gris-noirs (eumélanine) et des gris-bruns (phéomélanines).
Cette mutation peut être létale et provoquer la mort avant la naissance.
Comme il s'agit d'un défaut récessif, il n'apparaît que si ce gène est présent chez les deux parents de l'oiseau atteint.
Les albinos vrais présentent donc une absence de pigments sur toutes les plumes, mais aussi sur les parties nues du corps (cire du bec, pattes, yeux) qui sont rosées ou rouges. Ces parties devraient théoriquement être blanches sans la présence du réseau de capillaires sanguins qui leur donne cette teinte rosâtre.

Ces oiseaux sont souvent moins robustes que leurs congénères, présentant en outre une audition et une vue déficientes. Leur plumage est très visible, attirant les prédateurs. Et ils semblent avoir moins de succès pour trouver un partenaire sexuel.

L'albinisme partiel

Choucas des tours (Corvus monedula) partiellement albinos
Choucas des tours (Corvus monedula)  partiellement albinos.
Photo : Benjamin Vollot

L'albinisme partiel se traduit par une altération totale de la pigmentation de certaines plumes. Ce phénomène est assez courant dans la nature (notamment chez les corvidés ou les turdidés, dont les plumes blanches se détachent bien de la teinte sombre générale de ces oiseaux et sont facilement repérées par les observateurs), et beaucoup d'oiseaux peuvent ainsi présenter des plumes ou des groupes de plumes albinos sur la queue, les ailes, le dos ou la poitrine.
L'albinisme partiel peut être héréditaire et donc génétique : mais dans ce cas, la tyrosinase n'est pas totalement absente car des plumes sombres existent encore. Une explication possible est l'absence de la migration de certains mélanoblastes (cellules souches de l'embryon qui fabriqueront la mélanine) jusqu'aux plumes qu'ils doivent colorer.
Les autres hypothèses sont un régime alimentaire déséquilibré, une blessure ou même d'une maladie ou un choc (qui, en endommageant les follicules des plumes, entraîne une repousse de celles-ci sans pigments). Aucune preuve de l'action de certains polluants (en particulier les métaux lourds) n'a pu être trouvée jusqu'à présent.
Un albinisme progressif peut apparaître quand un oiseau devient plus âgé (un peu comme lorsque les cheveux des humains deviennent gris).
S'il s'agît d'un caractère héréditaire, les parties blanches seront persistentes d'une mue à l'autre, tandis qu'un albinisme partiel causé par l'environnement est souvent réversible.
L'albinisme partiel peut être quasi-total, moucheté ou zoné de manière assez symétrique.
Parfois, les pigments rouge et orange sont conservés, tandis que la mélanine a disparu. On peut alors rencontrer un Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula) blanc avec le ventre rouge, ou un Pic vert (Picus viridis) immaculé avec une couronne écarlate.


Le leucisme

Bécasseau variable (Calidris alpina) leucique
Bécasseau variable (Calidris alpina) leucique : le brun est remplacé par du beige, mais la nuance du plumage subsiste.
Photo : Barry Stewart / www.glamorganbirds.org.uk

Le leucisme décrit des oiseaux dont le plumage est plus clair que la normale. Cette aberration est proche de l'albinisme, mais les pigments de mélanine ne sont pas totalement absents : ils sont justes "dilués", moins concentrés, tandis que les autres pigments subsistent en quantité normale. En particulier, les caroténöides responsables des teintes oranges sont toujours présents, d'où l'apparition d'individus de couleur ocre pâle ou crème.
Les oiseaux sont donc plus pâles que leurs congénères, mais ne sont pas blancs purs sans nuance. Le dessin général du plumage, comme la présence d'un masque facial ou d'une barre alaire, reste reconnaissable.

Des altérations génétiques peuvent expliquer cette pâleur, mais l'alimentation joue sûrement un rôle primordial.
Ce phénomène ne doit pas être confondu avec une variation naturelle du plumage des populations en fonction de l'environnement. Ainsi, classiquement, les oiseaux d'une même espèce vivant dans le désert sont plus clairs que ceux vivant en forêt. C'est par exemple le cas de la sous-espèce ascalaphus du Grand-duc d'Europe (Bubo bubo) présente au Moyen-Orient, et qui est plus pâle et plus petite que les oiseaux vivant dans la taïga scandinave.

Un leucisme total et intense peut parfois être rapproché d'un albinisme, mais les yeux ne sont jamais rouges.

D'autres anomalies

Faucon d'Eléonore (Falco eleonorae)
Faucon d'Eléonore (Falco eleonorae) de forme sombre : la concentration en mélanine est supérieure à la normale.
Photo : Roberto Meloni

Il existe d'autres défauts de la coloration des oiseaux (qui ne seront pas abordés en détail dans cet article).
- le mélanisme. Ce phénomène décrit des oiseaux plus sombres que la normale, du fait d'une mutation génétique qui provoque un excès de pigmentation. Certains cas sont liés à l'alimentation. Il existe aussi des formes mélaniques naturelles, comme par exemple chez le Faucon d'Eléonore (Falco eleonorae).
- le schizochroïsme. Ce phénomène décrit la disparition d'un pigment alors que d'autres restent présents (cas par exemple d'une Mouette rieuse adulte en été avec un capuchon sombre mais un manteau blanc pur). On peut rapprocher cette aberration de l'albinisme partiel.
- le xanthochroisme (parfois appelé xanthisme ou xanthochromisme). Ce défaut entraîne une teinte orangée ou jaune à la place des zones rouges naturelles. Des carences sont responsables de ce phénomène.
- l'érythrisme. Les oiseaux atteints d'érythrisme sont rougeâtres ou roussâtres. Certaines espèces ont naturellement des formes rousses, comme la Chouette hulotte (Strix aluco).


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Définitions
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